Rechercher - browsing, les modes de déplacement

L'analyse des structures de l’information permet de déterminer des concepts spatiaux spécifiques aux communications électroniques et de les lier à des comportements et des types de déplacement particuliers. Le but d’une telle approche comparative entre l’espace lisse et strié est d’en extraire des types de recherche / mouvements possibles afin de concevoir un environnement performatif et une structure de données offrant de multiples accès à l'information à l’intérieur de la banque de données.

L’espace strié, rapproché du modèle linéaire de l’autoroute, incorpore les déplacements de point à point qui, dans le cas du concept de la banque de données, peuvent être associés au terme ‘rechercher’ afin d’obtenir un accès direct à l’information, tandis que les trajectoires de l’espace lisse offrent un espace ouvert, un plan pour de multiples passages, pour l’exploration de l’information, ‘browsing’.

Dans ce cas, ‘rechercher’ peut être qualifié de méthode permettant à l’utilisateur de recevoir une information spécifique demandée. C’est le principe d'une recherche pour obtenir une réponse directe à une question. Le cyberespace strié semble fonctionner comme un monde simulé qui triomphe du monde réel en procurant un contact de point à point plus direct et de ce fait, une plus grande efficacité. L’optimalisation, l’accès instantané et la facilité d'usage sont des paramètres importants d’une telle conception de l’espace.

A l’opposé, ‘browsing’ constitue un mode de recherche plus ouvert à l'intérieur d'un certain domaine. C’est une méthode impliquant la créativité dans la formulation d’une question, le début d’un processus de découverte après avoir eu la possibilité d’obtenir une première vision sur le sujet voulu. Le déploiement de chaque page crée et révèle une topographie lisse. La dérive, ‘browsing’ d’un lien à l’autre, plutôt que le mouvement d’une destination à l’autre, transforme continuellement le 'relais' spécifique en un espace potentiel d’interconnexion et de multiplicité. Browsing constitue ainsi le mode de déplacement principal, introduisant l’existence d'une spatialité continue à travers l'immersion et l’interactivité.

La comparaison de ces deux types de mouvement révèle la compréhension ‘psychogéographique’ de l’espace développée par les situationnistes, opposant à l’emploi utilitaire de l’espace la stratégie subversive de ‘dérive’.

"dérive :un mode de comportement expérimental, lié à la condition urbaine : une technique de passage hâtif à travers des ambiances variés. Utilisé également, en particulier, pour désigner la durée prolongée d’une telle expérience."

Définitions : ‘internationale situationniste’ http://www.nothingness.org/SI/journaleng/IS1/definitions.html

"Le concept de dérive est indissolublement lié à la reconnaissance d’effets de nature psychogéographique, et à l’affirmation d’un comportement ludique constructif, ce qui l’oppose en tous points aux notions classiques de voyage et de promenade. … La part d'aléatoire est ici moins déterminante qu'on ne le croit - du point de vue de la dérive, il existe un relief psychogéographique des villes, avec des courants constants, des points fixes et des tourbillons qui rendent l'accès ou la sortie de certaines zones fort mal aisé."

Théorie de la dérive. Guy Debord 1956

La compréhension psychogéographique de l'espace est basée sur l'interrelation des paramètres géographiques avec ceux de la perception, des modes de déplacement, du comportement et ceux des structures sociales, définissant un espace mental à travers l'expérience directe. L'espace est défini par des configurations en temps réel à travers des stimulations et des ambiances, programmées ou non, et qui déterminent l'humeur et l'action de l'individu. La psychogéographie projette ainsi une spatialité qui construit graduellement une carte mentale d'actions et d'orientations qui dans le cas du cyberespace, défini des expériences et ambiances en temps réel à travers des situations.

L'expression populaire 'naviguer' ou 'surfer sur le net' transpose cette perception psychogéographique de l'espace aux expériences en temps réel dans l'espace électronique. De cette manière 'browsing' constitue à travers le déplacement écrit un espace virtuel, qui dans le cas d'une banque de données constitue à la fois un outil de recherche performant et un espace de consultation prenant la forme d'une spatialité psychogéographique 'in situ'.