Light_scape(s), displacement maps

Plan lumière pour le plateau du Heizel, Bruxelles (B)

Le projet, 'Lightscape(s)_displacement maps' est une étude d'éclairage public pour le plateau du Heizel, initiée par la société Electrabel/Sibelgaz. Le projet porte à la fois sur la recherche d'un outil opérationnel, permettant l'application de la lumière à l'échelle urbaine, ainsi que sur la conception de la lumière comme un vecteur dynamique de l'urbain. En conséquence le projet élargit le point de départ de l'étude, l'éclairage du stade 'Roi Baudouin', à une réflexion d'ordre plus général, de manière à intégrer la lumière comme un élément participant de manière active à l'espace public plutôt qu'un dispositif technique autonome. Le projet se concentre ainsi non seulement sur la lumière comme un dispositif spatial (light_topography), mais aussi comme un dispositif temporel (light_urbanism), afin d'étendre la conception traditionnelle de l'éclairage public et de l'appliquer à un paysage urbain remarquable.

Le projet est conçu a l'occasion d'un workshop organisé par Electrabel / Sibelgaz et a accompagné la présentation du nouveau catalogue d'armatures d'éclairage public pour la région bruxelloise, le 20.01.1999. Le projet, 'Lightscape(s)_displacement maps' , est le résultat d'une collaboration entre 5 jeunes architectes sortants, Pieter Desmedt-Jans et Kim Pecheur, de Sint Lucas, et Manuel Abendroth, Jérôme Decock et Naziha Mestaoui, de La Cambre, et a gagné en avril 1999 le prix 'Tech-art' de la 'Vlaamse ingenieurs kamer'.L'organisation de ce workshop démontre la volonté de repenser la manière habituelle d'envisager l'intégration de la lumière, en prenant pour exemple les projets d'éclairage public menés récemment en France ou en Allemagne. Actuellement l'utilisation de l'éclairage public dans les villes belges n'a conduit qu'à un paysage indifférencié, aplatissant tous les contrastes et plongeant la ville dans un brouillard orange. Cette ambiance relève de l'expérience que l'on associe habituellement au paysage autoroutier, et empêche toute mise en valeur d'un lieu.

con.texture: //

Le plateau du Heizel a trouvé son identité à travers une série d'événements, comme les deux expositions universelles, les grands événements sportifs et les foires commerciales. A l'heure actuelle le paysage du plateau de Heizel est en total décalage avec sa fréquentation qui se compte en millions de visiteurs, en particulier pour des événements programmés sur le site comme l'euro 2000 et "Bruxelles, capitale culturelle européenne - 2000". L'étude se comprend comme un travail complémentaire aux travaux en cours tout en intégrant des dispositifs qui se manifestent autant la journée que la nuit. Par conséquent le projet propose une approche globale explorant le rôle que peut jouer la lumière comme générateur de l'urbain.

displacement maps: //

'Displacement maps' permet la visualisation dynamique de la lumière à l'échelle urbaine afin de créer un outil de travail opérationnel définissant la lumière comme une matière régie par les paramètres d'intensité, de couleur et de temporalité (cycles temporels).

Le projet part de l'idée d'appliquer des ambiances contrastées en couleur et en intensité sur les différents équipements, exploitant la capacité qu'a la lumière de générer des images fortes, d'identifier un paysage dynamique remarquable, ou au contraire, d'effacer des paysages entiers. La conception du plan lumière dépend directement d'une vision générale basée sur la lumière comme une matière dépendant de dispositifs contrastés. Le projet travaille ainsi la création d'un paysage lumineux diversifié à travers les cycles temporels mêlant dans un seul dispositif structure - le paysage, activités - le programme, flux - l'infrastructure.

Le manque d'outils de travail pour appliquer et vérifier ces hypothèses sur la lumière à l'échelle urbaine a amené à explorer les possibilités offertes par les programmes informatiques utilisés dans le milieu du cinéma, permettant des simulations dynamiques. Les fonctions dynamiques des programmes de modélisation ont permis de travailler avec la lumière, matière immatérielle et variable, avec une vision globale et dans une logique à la fois temporelle et spatiale. L'exploitation et la conceptualisation de fonctions, appelées' displacement maps' ont ainsi dépassé la simple application de l'outil informatique et ont mené à une intégration active de celui-ci dans le processus de création même.

Ce paysage lumineux généré par ordinateur se base sur la variation d'intensités et de couleurs dans le temps, dans le but de créer des configurations lumineuses changeantes qui correspondent autant à la structure spatiale qu'à l'activité ou à l'usage individuel, l'interactivité.

Light topography://

Le dispositif structurel, intitulé 'light-topography', crée différents paysages lumineux (lightscapes) à travers l'éclairage spécifique de points, lignes, surfaces et interfaces. La création d'une topographie lumineuse correspond à une organisation spatiale du plan lumière, structurant le site à travers les dispositifs de point, ligne, surface, interface.

Les points correspondent à un dispositif lumineux à l'échelle d'un bâtiment; les lignes à l'infrastructure, les surfaces à des équipements entiers et les interfaces aux différents lieux d'échange. La superposition de cette grille spatiale transfigure l'idée du plan d'aménagement réalisé pour l'exposition universelle de 1958, surnommé 'la vache', à une approche générale. Ainsi le projet juxtapose différentes entités programmatiques, chacune gérée par leur logique temporelle et spatiale formant un environnement contrasté continu. Cette approche structurelle du projet est le résultat d'une analyse urbaine synthétisant chacun des dispositifs cités en une topographie lumineuse contrastée. Les variations d'ambiances lumineuses sont obtenues par l'accentuation ou l'effacement de ces différentes entités, formant la base du paysage projeté. L'articulation au cours du temps de ces différents systèmes spatiaux amène à la configuration finale du projet, les 'light-scapes dynamiques'.

POINT: le travail de repérage d'éléments (points) à éclairer et leur regroupement respectif a amené à un travail sur quatre configurations paysagères, appelées séquences. L'idée des séquences consiste à identifier les configurations spatiales principales du site et leur perception spécifique et dynamique. 'Le 'runway', 'le highway', 'l'axe 35_58' et 'le skyline' forment la structure de base du paysage perçu.

Séquence 1- A12-runway Heizel, l'enchaînement d'éclairages ponctuels soulignant des fragments de bâtiments (type logo) forme une séquence rythmée le long de l'entrée / sortie de la ville - A12. La variation d'espacement entre les luminaires d'autoroute sur le segment du Heizel renforcerait cet effet d'accélération ou de décélération. Le travail sur le mouvement lié a l'autoroute a donné le qualificatif de ce paysage, appelé 'runway'

Séquence 2- Le ring- Heizel 'highway', l'emplacement de deux enseignes lumineuses, en forme de logo représentant le palais 5 et le stade de Roi Baudouin identifient les équipements principaux du site vers le ring, point d'accès principal des visiteurs. Le niveau bas du ring ne permet pas un contact visuel autre que l'emplacement en hauteur des signes lumineux.

Séquence 3- bld. du centenaire-' axe 35-58 ', la rénovation de l'éclairage d'origine de l'Atomium et la mise en lumière du palais 5 des expositions valoriserait l'axe monumental ' axe 35-58 '. Ce meuble urbain est un des éléments structurants majeurs à l'intérieure du site du Heizel.

Séquence 4- Houba de strooper- skyline Heizel, l'éclairage d'une série d'édifices (stade roi Baudouin, le toboggan d'Océade, le planétarium, l'Atomium et l'église du sacré Cœur ) formerait un réel skyline, profitant de la topographie du plateau. Un skyline formé autour de signes hétérogènes, reflets de la grande diversité du lieu et faisant office de façade principale vers la ville.

LIGNE: Le travail sur les espaces intermédiaires entourant les différents équipements du Heizel a mené à la création d'un parcours connectant l'ensemble des flux existants à travers leur point de chute obligatoire, les parkings. La diminution de l'intensité lumineuse sur ces endroits permet une augmentation de contraste entre les différentes entités. La perte d'intensité lumineuse est compensée par le traitement du sol, par exemple en utilisant des couleurs ou matériaux réfléchissants tout en traçant un nouveau parcours à travers ces différents fragments. Le traitement du parcours comme support graphique lui donne un rôle d'orientation et d'information, liant la question de signalétique urbaine à celle de l'éclairage. Ce travail montre l'importance qu'a l'emploi de matériaux différenciés, directement lié au travail sur les supports de la lumière. L'usage de réflecteurs, de peintures fluorescentes et de revêtements réfléchissants a formé une gamme technique sur laquelle se base cette intervention.

SURFACE: Le travail portant sur les grands équipements met en place un principe basé sur une mise en éclairage indépendante pour chacune des entités programmatiques. Ce système mène à un plan lumière flexible exploitant, dans le temps, les contrastes formels et les logiques fonctionnelles existantes. De cette manière le travail sur la ligne, espaces intermédiaires, et les surfaces, 'tache programmatique' transfigure le plan d'aménagement de 'l'expo 58' surnommé dans le Paris Match de la même année 'la vache'. Les équipements et l'accentuation de leur intensité lumineuse ont mené par exemple au traitement du stade comme un objet lumineux. L'usage de lumières colorées projetées sur le dessous des tribunes, en correspondance aux différents secteurs d'accès public du stade, exploite la lumière comme signalétique. L'anneau lumineux encercle le stade d'une lumière faible et est renforcé par une bande déroulante programmable et actualisée, transportant l'information d'un point de vue à un autre.

INTERFACE: Les interfaces sont des lieux d'échange connectant le plateau du Heizel avec son environnement et dont l'éclairage réagit directement à l'influences des utilisateurs. Dans le cas du plateau du Heizel, ces lieux correspondent aux parkings dont le parking S, formant une interface avec la ville, le parking E avec la périphérie de l'A12 et le parking C avec le ring. Le travail sur le parking C (10 000 places) traite l'accès principal au Heizel comme une intervention paysagère à grande échelle. Les plots de béton sont enduits d'une peinture phosphorescente générant une étendue colorée le jour, et un paysage lumineux la nuit. La peinture phosphorescente réagit à l'utilisation individuelle de l'espace (phares de voiture par exemple) donnant une dimension supplémentaire à l'idée d'interface comme environnement réactif lié à l'individu.

Light urbanism:// fixe_variable_réactif

Le concept de 'light-urbanism' envisage la lumière comme un dispositif temporel, combinant à la fois des éclairages 'fixes' - des dispositifs 'variables' associés à la dimension événementielle du site - et des supports 'interactifs' liés à l'individu.

Le terme de 'light-urbanism' transpose la double signification de 'light' en opposant aux formes d'urbanisme intensif des dispositifs de 'lumières' structurels, temporels et 'légers'. La mise en relation de la lumière et l'activité mène à la conception d'interventions évoluant au cours du temps déterminant un vocabulaire du type FIXE - VARIABLE - REACTIF, proposant de revoir les possibilités offertes et de dépasser l'application habituelle du 'on/off'. Par rapport à la topographie lumineuse ('light-topography') aux interventions fixes correspondent les points, au variable l'activation des surfaces et au réactif le statut d'interface. Ce vocabulaire temporel de la lumière permet de concevoir des configurations variées spécifiques, prenant forme lors de grands événements sportifs, commerciaux ou culturels.

FIXE- les dispositifs fixes correspondent aux quatre paysages définis par les points et fonctionnent simplement comme des systèmes on/off, donnant une luminosité minimum et colorée. Ils forment la base fixe et structurelle de ce paysage dynamique.

VARIABLE- Les dispositifs lumineux variables correspondent à l'échelle des surfaces évoluant au cours du temps en couleur et en intensité en rapport aux cycles d'activité des différents équipements. Au niveau minimum d'activité, l'équipement est défini par une intensité lumineuse faible et colorée et au niveau maximum, il est défini par une intensité élevée et blanche, donnant une série de niveaux intermédiaires et leur intensité- couleur correspondante. Dans le projet, l'étude s'est concentrée sur l'équipement du stade, éclairé à son niveau minimum par une bande LCD rouge lumineuse affichant les informations sportives et par le code de couleur éclairant le dessous des tribunes, à son niveau maximum ce même dispositif est complété par l'éclairage fourni par les quatre mats d'éclairage d'intensité élevée. De cette manière, le projet transpose le code RGB de la lumière, la lumière blanche correspondant à la synthèse de toutes les couleurs, à l'échelle urbaine lié à la densité, l'événement et l'activité.

REACTIF- les interventions réactives prennent en compte le statut d'interface des lieux qu'ils traitent en transformant les données collectées sur le site et ses alentours en dispositif lumineux. La relation entre les activités, flux… et la lumière définit ainsi une relation anticipative entre l'espace urbain et l'individu. L'intervention sur le parking C, par exemple, met en scène des blocs phosphorescents qui absorbent les informations lumineuses, fournies par la lumière naturelle et artificielle, afin de devenir eux-mêmes lumineux, de sorte que le passage d'une simple voiture à travers ce lieu produise une trace lumineuse temporairement visible sur les blocs. Le laps de temps existant entre l'événement, l'information et sa disparition totale est considéré comme une 'hyper-trace', un façonnement individuel de l'espace.

Conclusion://

Le projet sur le site du Heizel démontre le potentiel et la diversité des ambiances obtenues à l'aide de dispositifs lumineux et propose une réflexion sur l'enjeu urbain que la lumière représente dans le paysage urbain. La lumière n'est plus considérée comme un dispositif isolé, pensé dans un cadre souvent trop pragmatique, mais s'intègre aux réflexions sur l'environnement à part entière. Dans son approche, le projet traduit la recherche d'une nouvelle forme d'éclairage public, étendant la simple question d'un dispositif technique lié à la sécurité à celle d'un médium polysémique influant à l'échelle urbaine sur la dimension culturelle de l'espace public.

LAB[au] + K. Pecheur, P. Desmedt-Jans, 1999.