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-HYPER[text]URE –
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" The medium is the message "

[Marshall McLuhan 1969]

McLuhan, à travers ses écrits, propose une approche fondée sur les innovations technologiques comme base du processus de civilisation. La technologie n’est pas considérée comme un objet étranger à nous même, mais comme une extension faisant intégralement partie de notre appareil sensitif et déterminant non seulement les modes de communication mais aussi la manière de percevoir et de comprendre notre environnement. Les innovations technologiques, comme extensions des capacités et des sens humains reconfigurent la société qui a créé ces mêmes technologies. McLuhan a en particulier étudié le médium imprimé, le livre, ainsi que le médium électrique, le télégraphe, pour montrer l’implication des technologies de la communication sur la structuration de la pensée dans la société moderne.

" L’impression était la première mécanisation d’un artisanat complexe ; en créant une séquence analytique de processus pas à pas, elle est devenue le modèle de toute forme de mécanisation ultérieure. La qualité la plus importante de l’impression est la reproductibilité, elle est un exemple visuel de tout ce qui peut être produit à l’infini et la reproductibilité est la racine de tout principe de mécanisation qui a transformé le monde après Gutenberg. La typographie, en produisant la première unité uniforme et reproductible, a aussi créé Henri Ford, la première chaîne d’assemblage et la première production de masse. L’impression est devenue archétype et prototype pour tout développement industriel qui la suivit. Sans l’alphabet phonétique et la presse imprimée, l’industrialisation moderne aurait été impossible. Il est nécessaire de reconnaître que l’alphabétisation ainsi que la technologie typographique n’ont pas uniquement influencé les procédures de production et de marketing, mais aussi tous les autres domaines de la vie ; de l’éducation à la planification urbaine…

L’âge de l’impression, qui a prédominé approximativement de 1500 à 1900, dont la mort a été annoncée lors de l’apparition du télégraphe, le premier des média électrique, a reçu de nouvelles obsèques, célébrées au début de notre siècle par la perception de " la courbure de l’espace " et la mathématique non Euclidienne ; deux idées qui ravivèrent les concepts de l’espace- temps discontinus de la société tribale --et que même Spengler a vaguement perçu comme le son du glas des valeurs littéraires occidentales. " [Marshall McLuhan 1969]

Les différentes technologies de la communication ne sont plus considérées comme des supports insignifiants, mais comme un médium qui, abstraction faite du message spécifique, communique un contenu propre. La signification du message n’est pas fondée uniquement dans les intentions de l’auteur, mais dépend d’une métaconstruction qui, indépendamment des intentionnalités subjectives, détermine le champ de la communication.

" L’hypertexte est un système d’organisation des données et un mode de pensée " [Theodor H. Nelson 1981]

Le rapprochement de la citation de Theodor Nelson dans ‘literary machines’, inventeur du mot " hypertexte ", à la citation de McLuhan renforce l‘idée que les différentes formes de communication sont liées à une structure propre transmettant, préalablement au message spécifique, une pensée propre. Nelson donne également aux nouvelles technologies de la communication et de l'information une importance fondamentale dans la structuration de notre pensée. L’écriture électronique est une réponse directe aux forces et aux faiblesses du livre imprimé. Elle a des implications profondes sur la littérature, l’éducation et la politique.

" L’informatique ,et les autres transformations dans les médias, ont détruit la puissance du modèle linéaire et du livre comme paradigme culturel dominant. Derrida déclare : " la fin de l’écriture linéaire est en effet la fin du livre." " [George P.Landow 1992]

La révolution numérique, succédant à la révolution de l’écriture, transforme radicalement nos modes de communication. La transition d’une conception hiérarchique des relations en systèmes fragmentaires en interaction (réseau), questionne l’ensemble des pratiques sociales et leur spatialisation. Par conséquent, le passage du texte à l’hypertexte, d’une technologie analogique à une technologie digitale peut être associé à la transposition d’une société industrielle à une société postindustrielle, d’une modernité à une transmodernité.

" Enraciné dans les notions de métamorphoses, le préfixe ‘trans’ signifie une condition de changement qui, malgré une évolution à partir de sources familières, atteint rapidement une identité différente de ces sources. " [Marcos Novak 1997]

En conséquence la pensée structuraliste se transforme en une pensée en systèmes, basée sur des modes d’interactions complexes à l’intérieur d’un médium hybride et digital restructurant notre environnement social et spatial.

 

Du Con[texte] à l’Hyper[texte]

" La computation basée sur le texte nous provient avec des textes électroniques plutôt que physiques, ce changement de l’encre au code électronique, que J.Baudrillard appelle le changement du tactile au digital, a produit une technologie de l’information qui combine fixité et flexibilité, ordre et accessibilité. " [George P.Landow 1992]

Le modèle de l’hypertexte est compris comme un support rassemblant des paramètres apparemment opposés, dont la combinaison produit une nouvelle synthèse, entre communication, technologie et espace. L’hypertexte comme modèle d’une pensée réticulaire met en cause les formes classiques de la pensée basées sur les concepts de hiérarchie, linéarité, ordre, et transforme la perception et conception de notre environnement. Les technologies basées sur la communication et la computation de l’information influence l’ensemble des modèles d’organisation (modes de production, de travail et du savoir) et affecte les processus de communication (code, symbole ) et les relations collectives, ainsi que leur spatialisation.

" Regardons comment une communauté se forme, qui n’est plus une communauté de personnes vivant dans un même quartier, mais une communauté de personnes liées par la voiture, le téléphone, l’e-mail… une communauté déconnectée, discontinue, mais néanmoins une communauté. Ainsi, cette idée de liaison sans hiérarchie, et liaison possédant une multitude de configurations possibles au même moment, peut être une manière productive de réfléchir aux modes de civilisation physique, qui tendent à se développer de manière dispersée, plutôt que sous la forme d’une ville hiérarchique et concentrée. " [David Kolb 1997]

Le rapprochement entre des modes de communication (l’hypertexte) et des modèles spatiaux (la ville) questionne ainsi la mutation structurelle et sémantique de notre environnement. La comparaison de l’hypertexte comme support polysémique de fragments dispersés et interconnectés, à des structures spatiales et sociales de la ville, nous permet de réfléchir aux possibles implications spatiales des nouvelles technologies de l’information. L’extrapolation des concepts de l’hypertexte permet de concevoir de nouveaux concepts urbains, basés sur une nouvelle compréhension de la ville, de sa cohérence et de sa signification.

Le projet " Liquid axis " met préalablement en question la structure urbaine, le médium, la ville dans sa métastructure. Le passage du texte à l’hypertexte, comme mutation d’un modèle figé en une structure ouverte et fluide, est associé dans le projet au changement de la ville, d’une structure fixe à une situation liquide – système. [De l’axe Aristotelous à l’axe liquide]

" En correspondance au développement du texte, un médium linéaire, local et bi-dimensionnel, en un hypertexte, comme médium complexe, translocal et multidimensionnel, l’architecture est transcendée en une hypertecture. "

[Bernhard Franken 1996]

L’élaboration du concept de " circuit " à l’intérieur du projet urbain " Liquid axis ", est issu du rapprochement du modèle textuel, l’hypertexte, à la matrice spatiale, l’urbain.

L’investigation de l’hypertexte, comme modèle structurel représente la recherche d’une nouvelle syntaxe, fusionne le contexte culturel contemporain de l’urbain avec la nouvelle perception de l’urbain comme une condition temporelle et délocalisée.

 

Du texte à l’hypertexte

Nelson définit son point de vue sur l’hypertexte en ces termes : " il s’agit d’un concept unifié d’idées et de données interconnectées, et de la façon dont ces idées et ces données peuvent être éditées sur un écran d’ordinateur "

L’hypertexte nous transpose de l’espace physique et tactile du médium "imprimé ", à l’espace digital de l’information. Dans le texte classique, le discours est figé dans la structure même du médium. C’est ainsi que le médium impose une structure préalable qui, dans le cas du livre, suit normalement l’ordre linéaire des pages. En dissociant l’écrit de son support physique figé, les nouvelles technologies de l’information et de la communication libèrent le contenu de toute contrainte spatiale et temporelle. Le médium digital ne fige plus l’information dans un support matériel ; au contraire, il permet un accès permanent et direct à l’information afin de la modifier. Tout changement s’effectue sans laisser de traces, cette particularité illustre la transformation du texte d’un élément déterminé et figé en un élément temporel et évolutif.

" L’écriture est toujours inscription, modification d’une substance par une autre. Au contraire, l’écriture digitale célèbre la perte d’inscription en se débarrassant de toute trace… " [Marcos Novak 1995]

La dématérialisation de l’information en données transmissibles permet ainsi de lier des éléments dispersés sans "continuum physique " et de concevoir une nouvelle forme d’écriture - hypertexte. Dépourvu de support limité, et interconnecté dans un réseau, l’hypertexte détermine un environnement de lecture et d’écriture qui invite le lecteur ainsi que l’écrivain à rechercher la fluidité plutôt que les positions définitives.

" C’est le lien électronique qui crée l’hypertexte, une forme de textualité composée de blocs et de liens permettant des parcours de lecture multilinéaires en mettant en mouvement textes, lecteurs et écrivains dans un nouvel espace d’écriture ". [P.Landow 1992]

L’hypertexte est un système d’organisation spatiale de données, composé de fragments multiples interconnectés et tissés dans un réseau à l’aide d’hyperliens. C’est l’interconnexion des textes entre eux qui définit le caractère intertextuel de l’hypertexte dont la structure est autant déterminée par son contenu spécifique que par l’architecture invisible de ses liens.

" L’intertextualité est un processus par lequel un texte est présent dans d’autres, la manière dans laquelle les textes se réfèrent perpétuellement à d’autres éléments dans l’espace de production culturelle. " [Roland Barthes 1977]

L’hypertexte comme mode de pensée se manifeste à travers la structure des liens, "l’intertextualité ", la combinaison des fragments "la coexistence de la différence " et la génération d’interactions "simultanéité de possibilités ". Il est devenu un processus relationnel et une pensée en systèmes.

L’intérêt porté au processus intertextuel est fondé dans sa possible transposition au modèle urbain. L’ "agora 2000 " marque à l’intérieur du projet "Liquid axis " le passage d’un lieu historique l’ "ancienne agora ", en un environnement interurbain. Dans le projet, l’agora 2000 fusionne dans une même structure : une ancienne agora, l’instabilité de la projection sur l’écran géant et une plate-forme d’événements. Le pliage continu d’une structure commune à travers les différents espaces-temps exploite les possibles interférences et joue sur la confusion entre les différentes significations attribuables à un lieu historique qui est confronté à la présence d’une culture contemporaine et décontextualisée. Le projet interroge ainsi les mutations que ce modèle, fondé sur des paramètres d’un contexte local spécifique, subit par rapport à l’introduction de variables génériques et globales.

 

Une architecture de l’information non linéaire.

" La spécificité de l’hypertexte est à rechercher dans l’absence d’un ordre hiérarchique institué qui structurerait le domaine préalablement à sa lecture et dans l’invention de nouvelles formes discursives. " [P.Landow 1992]

Le médium imprimé a généré une pensée rationnelle, fondée sur la structure figée d’une logique linéaire, de cause à effet, de la thèse et l’antithèse à la synthèse… La particularité de l’organisation hypertextuelle de l’information est par contre fondée dans la possible absence de hiérarchie qui a structuré jusqu’à présent notre pensée.

L’hypertexte est généré par l’assemblage de fragments textuels indépendants, dont la continuité de lecture n’est pas fondée sur l’organisation linéaire et figée de l’information, mais sur ses développements successifs dans le réseau. En conséquence, sa continuité dépend des multiples liaisons faites entre les fragments de textes, images, sons, animations… La forme libre_ ’free form’_de la technologie de l’information et en particulier de l’hypertexte permet une variation illimitée de formes d’organisations des données et une combinaison illimitée de formes d’expression. A travers les différentes formes d’interconnexion - branchements, chaînes, suites...  l’hypertexte génère de multiples séquences de lecture. Il est pratiqué comme un espace non-linéaire, ou plutôt multilinéaire ou multiséquentiel, composé de fragments multiples interconnectés et tissés dans un réseau, à l’aide d’hyperliens.

Dans l’espace de l’hypertexte, chaque passage est un point d’intersection dans lequel convergent des voies menant vers d’autres fragments de texte. La multiplication des séquences de lecture et des entrées en jeu dans le même texte détruit la notion classique du texte ayant un début et une fin et le transposent en une variation indéterminée, configurée en permanence par rapport aux liens. Finalement, la totalité des voies menant vers les différents passages, les inclut tous, pour former la structure de base, le réseau.

Le sens spécifique du texte dépend de la trajectoire que le lecteur empruntera. Il offre ainsi une nouvelle compréhension de l’espace écrit, non plus dans une organisation prédéterminée et linéaire, mais dans une forme interactive et multilinéaire.

" Les lecteurs, en se déplaçant à travers le réseau de textes, déplacent continuellement le centre de leur investigation et de leur expérience, et déforment ainsi les principes d’organisation du texte. En d’autres mots, l’hypertexte procure un système infiniment recentrable, dont le point focal dépend du lecteur, qui devient réellement actif. Une des caractéristiques fondamentales de l’hypertexte est qu’il est composé de fragments de textes interconnectés dépourvus d’axe primaire d’organisation. Tout système d’hypertexte permet au lecteur individuel de choisir son propre centre d’investigation et d’expérience. Ce principe signifie en pratique, que le lecteur n’est pas figé dans une organisation ou une hiérarchie particulière. " [George P.Landow 1992]

Cette citation introduit le statut du lecteur comme un élément actif de l’hypertexte, non seulement dans la déconstruction permanente d’une forme d’organisation figée, mais aussi comme un paramètre intervenant dans la structure temporelle du texte. Le déplacement libre du lecteur à travers les différents fragments est une variable qui transforme la structure figée du texte classique en une forme dynamique et multidirectionnelle. Le texte statique s’est transformé en une forme fluide, liquide, dans laquelle l’existence de multiples combinaisons forme une structure rhizomatique. Les différents fragments sont entremêlés " intertwinedness " dans une structure spatio-temporelle, associant le réseau à un médium texturé. La texture est un terme qui en topographie, décrit le champ quadridimensionnel d’un amas diffus et peut ainsi caractériser la structure entre-tissée de l’hypertexte dans son aspect multilinéaire, multicouche et instable.

" Le mot texte dérive originellement du mot latin pour tisser et pour un matériau entre-tissé, il s’est avéré avoir une extraordinaire exactitude de signification dans le cas du développement de l’écriture. Le lien dans le médium électronique est interactif, et permet d’amener instantanément des textes dans la même structure psychique. " [Michael Heim 1987]

L’hypertexte est une nouvelle forme discursive remplaçant les systèmes basés sur les idées de centre, de hiérarchie et de linéarité sont remplacés par ceux de nœuds multilinéaires, de liens et de réseau.

La transposition de l’idée d’une architecture de l’information non linéaire dans le projet urbain " Liquid axis " questionne le rôle de l’axe Aristotelous, comme générateur urbain.

La structure linéaire de l’axe et son organisation hiérarchique de l’espace ont étés transgressés pour opérer non pas comme des outils de composition géométrique (symétrie, axialité), mais pour émerger comme générateur de zones et de champs texturés.

L’axe comme système abstrait et représentatif est immergé dans un environnement multidirectionnel, composé de systèmes interconnectés -circuit-, formant un champ d’activité fluide. C’est ainsi que le projet propose une transformation de la signification représentative de l’axe en signification hybride d’une matrice translocale, entremêlant autant la spécificité du contexte que l’environnement global digital.

 

Continuité hybride

Roland Barthes décrit ce type de texte "comme une galaxie de signifiants, et pas comme une structure de signifiés ; il n’a pas de début ; il est réversible ; on y accède par ses multiples entrées, dont aucune ne peut être déclarée comme étant la principale ; les codes qu’il mobilise s’étendent aussi loin que possible, ils sont indéterminables… ; Les systèmes de signification peuvent englober ces textes absolument pluraux, mais leur nombre n’est jamais fermé, basé comme il l’est sur l’infinité du langage. " [Roland Barthes 1977]

La décontextualisation des fragments est liée à leur dissociation de toute structure figée et matérielle et à leur transposition dans une structure fluide et transmissible, le réseau. L’hypertexte permet de concevoir le texte à travers des fragments, libérés de leur appartenance spécifique. En d’autres mots, le lien électronique peut connecter instantanément des textes ou commentaires opposés, écrits par différents auteurs et provenant de sources variées. Les différents fragments textuels ne se définissent plus dans leur relation à un ensemble spécifique, mais dans leurs diverses interrelations formant un environnement hétérogène et fluide.

Le lecteur, sans vision globale sur l’ensemble de la structure, interagit dans l’espace limité du fragment et de ses diverses liaisons. Il est contraint à reconfigurer continuellement sa vision d’ensemble à chacun de ses mouvements dans le réseau de textes. En conséquence le fragment devient de plus en plus une entité indépendante, autonome mais interconnectée.

L’hypertexte est basé sur le processus de combinaisons multiples de fragments décontextualisés et constitue une nouvelle forme de discours, d’une part en transformant la signification du fragment et d’autre part en détruisant les formes classiques d’articulation linguistique. Le réseau permet de lier des fragments décontextualisés et autonomes et introduit de nouvelles formes d’écriture, offrant la possibilité de se promener en boucles, de revenir, de sauter par-dessus certains textes… indépendamment de leur fondement initial.

De ce fait il se définit de plus en plus à travers sa structure malléable intégrant, dans un système commun (le réseau) les multiples fragments, indépendamment de leur fondement initial. Il redéfinit notre rapport au fragment et à l’ensemble en intégrant la rupture et la discontinuité comme paramètres actifs de l’écriture, et remet ainsi en cause les formes traditionnelles de l’écriture en reliant la pensée fragmentaire à un environnement global. L’hypertexte est le passage d’une pensée structurelle articulée et figée en une pensée relationnelle.

La lecture de l’hypertexte permet également la combinaison de différents médias, il est capable de lier un passage textuel à des images, diagrammes, sons, animations…. aussi aisément qu’à un autre texte. Il dénote un médium informatif qui lie des informations textuelles et non-textuelles, en formant des combinaisons hybrides de médias. Le passage du texte à l’hypertexte désigne l’aliénation d’un médium homogène en un médium hybride, fusionnant différentes formes de communication en un hypermedia. Il devient un support polysémique, dont la combinaison infinie des codes permet de développer de nouvelles formes d’expressions et de communication. L’hypertexte nous met face à la multiplicité du langage, ‘la differance’, il est devenu le vecteur d’innovation des médias hybrides dans leurs renouvellements en modes de communication plus performants.(musiques navigables, liquid architecture, animated text…).

Plus que tout autre chose, l’architecture liquide est une ouverture à la discontinuité, une fonction de temps interactive qui jette un pont entre le concept et sa manifestation" [Marcos Novak 1995]

Dans le projet Liquid axis, différents systèmes spatiaux identifiables sont superposés à l’espace déjà fragmenté de l’axe. La structure existante de l’axe Aristotelous est composée de plaques indépendantes combinant divers contrastes. L’objet est d’exploiter cette condition, en accentuant la spécificité des différents fragments, et de l’extrapoler en y superposant une série de systèmes autonomes, ayant chacun une logique propre- le XL-pleat, le S-pleat, les City plates. Mais comme dans un hypertexte ces différents systèmes superposés sont immergés dans un seul système continu.

La superposition de ces différents systèmes autonomes et leur immersion dans la masse urbaine crée un nouveau réseau de circuits hyperactivés. Ce système donne aux fragments une nouvelle signification, ils opèrent d’une part comme entités indépendantes- City plates, mais sont à la base même du système global – circuit. Le projet transpose le concept de continuité hybride (white noise) au niveau de la production de l’espace urbain en combinant différents éléments actifs ; lumière, écrans, sons, événements, information digitale, … Le projet propose ainsi une stratégie de confrontation entre les différents éléments contextuels- city plates, traces historiques- et des systèmes génériques, diffusés par différents supports d’information- écrans, bornes, …

" Il y a une acceptation de plus en plus grandes envers le contradictoire, le fragmentaire superposé et du conflictuel. De telles qualités hybrides sont décisives pour activer de tels potentiels hétérogènes, l’objet est de tisser ces qualités dans des matériaux pliables, malléables et adaptables : tisser dans le sens d’étendre, de sorte à obtenir une multitude de continuités. Dans le réseau rhizomatique, la texture génère du potentiel supplémentaire pour l’action en restant à la fois pliable et malléable, tel une chaîne d’éléments simples, en opposition à un réseau fait de liens fixes (smoothed heterogeneity). " [Knowbotic Research 1998] 

L’accentuation des contrastes existants du contexte générant des systèmes adaptatifs, local qui sont confrontés à des systèmes globaux, génériques. La ville est conçue comme un système relationnel entre différentes entités urbaines, transposant l’urbain en une situation translocale en combinant local et global, fixe et éphémère.

 

Déplacement /dérive

Les formes classiques du langage sont devenues inefficaces, face à la complexité linguistique, les ruptures iconographiques, idéologiques, spatiales, temporelles, et pour comprendre l’hypertexte dans son intégrité et dans sa relation avec le lecteur.

Par conséquent l’hypertexte ne peut plus être défini comme un tout cohérent, mais comme une condition particulière dans laquelle la projection immédiate d’un contexte à un autre transforme le texte en un environnement instable fait de fragments interconnectés.

La lecture de l’hypertexte devient une forme interactive entre un environnement et le lecteur qui négocie en permanence la trajectoire de son parcours. Il emprunte des ‘configurations potentielles’, dont certaines ont été planifiées par l’auteur, tandis que d’autres sont le produit de son implication, activant les liens qui lui sont proposés.

Par conséquent, l’hypertexte ne prend son sens que dans la mesure ou le lecteur entre en interaction avec lui. C’est à travers le lien, élément interactif de l’hypertexte, qu’il peut effectuer des dérives qui sont de style métaphorique ou métonymique et non pas de style purement logique ou causal. L’hypertexte, dans sa structure ‘flexible’, implique le déplacement du lecteur, qui devient le paramètre décisif de sa formation comme collaborateur de l’ensemble et transforme le texte d’une forme stable en une forme dynamique en constitution permanente. De l’organisation individuelle de la lecture à travers des donnés existantes, résulte la formation d’une structure déconstruite, permettant une infinité de manipulation. En intégrant dans les combinaisons de textes le facteur interprétatif et associatif du lecteur, l’hypertexte exploite son potentiel constructif et subjectif. L’explosion combinatoire des parcours potentiels le confronte constamment à sa propre création et à son comportement affectif.

La lecture d’un hypertexte suscite un nouveau comportement basé sur le déplacement actif du lecteur (browsing /surfing), comportement comparable à l’approche situationniste de l’espace.

" Entre les divers procédés situationnistes, la dérive se définit comme une technique de passage hâtif à travers des ambiances variées. Le concept de dérive est indissolublement lié à la reconnaissance d’effets de nature psychogéographique, et à l’affirmation d’un comportement ludique constructif, ce qui l’oppose en tous points aux notions classiques de voyage et de promenade. " [Guy Debord 1956]

L’hypertexte réactualise le concept de dérive des situationnistes. La dérive urbaine et l’hypertexte transposé à l’urbain ont en commun un état de stimulation induit par le déplacement à travers des fragments ; la rupture devenant un élément constitutif et productif de l’urbain. Par conséquent, l’intérêt porté à l’approche psychogéographique est fondé sur la vision d’un ensemble qui n’est plus perçu comme un élément externe et statique, mais comme un environnement qui peut être expérimenté et vécu. L’espace urbain n’est plus déterminé par sa fonctionnalité et sa cohérence spatiale, mais il est décrit comme une matrice fragmentée, de plaque hétérogène, générant des ambiances multiples. La ville se caractérise à travers des atmosphères, et s’oppose radicalement à l’approche fonctionnaliste, en décrivant un environnement par rapport à son potentiel de stimulation. Déplacement et ambiances deviennent des paramètres déterminants dans la perception de l’environnement urbain. Cette situation transpose l’acteur urbain d’un rôle passif et muet à un rôle actif, impliqué dans la formation d’un environnement auquel il est intégré et qu’il peut directement influencer.

Dans le cas du projet urbain, les différents systèmes fragmentaires sont combinés et liés tout en restant identifiables, ils donnent la possibilité de créer, à travers les possibles parcours, un scénario tel un lecteur dans un hypertexte. La ville s’organise suivant le tracé de parcours individuels et collectifs de l’errance, créant des réseaux d’unités interconnectées. Cette conception de l’urbain, débouche sur un espace à décrypter et à découvrir par expérience directe. Cet espace n’impose plus une organisation temporelle ou spatiale, mais est généré par des ambiances dynamiques, créées par l’interactivité des personnes influençant directement l’environnement. La rupture et le déplacement deviennent des éléments déterminants pour réussir à concevoir l’urbain comme une masse hétérogène. La superposition d’éléments continus (S-pleat) connectant les différentes entités, à des éléments indépendants (city plates) générateurs d’activités, introduit les notions de déplacement et de rupture.

Le travail sur les plaques urbaines d’une part, exacerbe le contexte en créant des ambiances spécifiques et d’autre part, provoque des interférences en lui opposant différents systèmes médiatiques. La combinaison des différents systèmes et leur interférence transforme l’axe en une situation instable. En se déplaçant, l’acteur est confronté à l’enchaînement brusque d’ambiances (d’un parc destiné aux fouilles archéologiques à un écran géant…).

 

on-line reality

" Il faudrait reconstituer le système général de pensée que le réseau rend, une interaction simultanée et apparemment contradictoire entre des opinions possibles. " [George P.Landow 1992]

L’hypertexte est un modèle interactif en reconfiguration permanente incluant autant un contexte physique spécifique qu’un environnement global et digital. Cette structure ouverte est acquise grâce à l’organisation libre de fragments décontextualisés et dématérialisés offrant au lecteur un parcours fluide et instantané à travers les possibles textes.

L’accès instantané à l’information forme une lecture ininterrompue à travers les fragments délocalisés et renforce le fait d’assister à une expérience en direct.

L’implication directe dans la structure spatiale et temporelle du texte la transforme d’une condition figée en une texture flexible. Le libre enchaînement des fragments renforce le caractère de la lecture comme une expérience unique, plaçant le lecteur comme élément direct participant au déroulement du texte dans lequel il peut zapper, rappeler l’information, la relire, avancer.

L’implication du potentiel associatif, ludique et subjectif dans l’organisation de l’information déconstruit tout forme structurelle figée. Le lecteur traverse les différents fragments de textes d’une manière imprévisible, connectant des fragments disontinus, mais incorporés dans une continuité temporelle. L’enchaînement des fragments échappe au contrôle de l’auteur.

La figure de l’hypertexte est dynamique offrant une confrontation permanente entre la figure et le fond ou les fragments et l’ensemble. Elle passe de la syntaxe, comme structure articulée, à un système fluide, qui introduit différentes relations entre des fragments. Ces variations dans les relations engendre l’apparition de l’accident, l’imprévisible, l’inattendu…. comme paramètres déterminants de l’hypertexte, capable d’intégrer l’événement dans sa forme interactive. Par conséquent le passage du texte à l’hypertexte est la transformation d’une écriture séquentielle – d’une structure articulée en une écriture événementielle.

Le texte devient un jeu établissant des paramètres stables et instables entre ordre et désordre, il est devenu un ‘in between’.

Avec l’évolution des technologies, on assiste à une implosion de l’espace en faveur du temps, qui dans le cas de l’hypertexte devient un paramètre déterminant. La dématérialisation de l’information intègre activement l’espace et le temps, devenus des variables transmissibles dans l’hypertexte, comme forme de lecture instantanée et dynamique. Dépourvu de structure fixe, et en constitution permanente l’hypertexte est un médium instable basé sur la condition de " d’événements malléables ".

" …pour que nos expériences deviennent des expériences d’événements organisés et provenant de stratégies en architecture. La stratégie est un mot clé en architecture aujourd’hui. Plus de masterplans, plus de localisation en un lieu fixe, mais des hétérotopies. C’est ce que nos villes doivent s’efforcer de faire et ce que les architectes doivent les aider à accomplir en intensifiant les collisions riches entre le temps et l’espace " [Bernard Tschumi 1994]

La ville devient un système ouvert, devant être reformulé en permanence. L’espace urbain est considéré comme une condition temporelle et non pas comme une situation fixe. Son ouverture structurelle la transforme en environnement urbain malléable, permettant le changement permanent et l’évolution de ses différents composants.

Dans le projet " liquid axis " les différentes entités sont traitées comme des fragments enfilés, jouant sur la rupture, le choc, l’événement. Ils sont déterminés comme des supports d’activités (City plates) et des installations éphémères (S-pleat) – (programmatic layering). La création et la suite d’ambiances transforment l’axe d’une organisation linéaire séquentielle en une texture événementielle (urban scenario). Les différents systèmes fragmentés prennent des formes qui ne correspondent pas à des fonctions déterminées, mais qui génèrent et sont générées par des ambiances particulières capables de stimuler des activités. L’axe est devenu un champ d’activités mettant en tension le contexte spécifique et le contexte global en exploitant les interférences engendrées par leur confrontation.

La dominante devient processus, et la ville avec sa structure fixe est confrontée à des modèles dynamiques - systèmes.