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« Notre
imaginaire s'est engouffré dans un univers parallèle
et virtuel qui est aujourd'hui omniprésent, raconte-t-il.
Ma génération fait le lien entre le monde tel qu'il
est et le monde électronique. Internet tend à supprimer
les frontières. C'est un peu la cristallisation de tout ce
que la fin des années 60 a véhiculé comme
idéologie. Nos parents ont créé, sans doute
involontairement, les conditions d'une nouvelle forme d'économie,
de démocratie et de communication. »
Le parcours de Yacine Aït Kaci, qui fait partie de la première
promotion multimédia de l'Ensad (Ecole nationale supérieure
des arts décoratifs, à Paris) en1996, se confond avec
l'aventure du multimédia en France. Ce qui l'intéresse
dans son travail, c'est sa diversité, « le métissage
des contenants - Internet, le CD-ROM et le DVD-ROM -
et des contenus - l'image, la vidéo, le son, la musique ».
Son métier
est issu du croisement de toutes ces expériences.Pour y
réussir, il faut avoir des compétences en arts graphiques,
connaître les bases de la scénographie et posséder
des notions de développement informatique.
Ayant conscience d'exercer une profession en pleine mutation,
encore à inventer, Yacine Aït Kaci se définit
comme un auteur multimédia qui entraîne l'utilisateur
dans un parcours dynamique de recherches et non pas dans une démarche
passive et consultative. En effet, dans tout ce qu'il réalise,
les modes d'expression sont en constante symbiose. « Le
multimédia est un terme qui contient une sorte de contradiction.
Il signifie une accumulation de médias multiples :
la musique, l'image et le texte, et en même temps, il sous-entend
la fusion de ces médias en un objet unique dont l'agencement
passe par l'interactivité. C'est dans les conditions de
cet agencement que se trouve le coeur de la création multimédia. »
Yacine Aït Kaci place l'interactivité à la
base de sa pratique de l'écriture multimédia. « Un
auteur multimédia, c'est quelqu'un qui propose à
son public plusieurs choix possibles. Le spectateur décide
à un moment donné de l'itinéraire qu'il va
suivre. C'est tout le contraire du cinéma, où le
scénariste choisit et impose son parcours. »
Premier DVD-ROM dont Yacine Aït Kaci a proposé une
conception originale, Le Louvre, la visite virtuelle montre
bien quelle est sa démarche. La définition s'est
faite selon quatre grands axes. La narration est découpée
en unités indépendantes. Le montage dynamique permet
de changer de chemin au sein du récit. Des liens se créent
par rapport à un moment précis de la navigation,
Enfin, une vidéo effectue une visite virtuelle des salles
du musée.
Le titre s'adresse à deux types d'utilisateurs : ceux
qui ont déjà des connaissances artistiques et les
néophytes pour la diffamation. Le spectateur peut naviguer
en utilisant ses connaissances ou avec une curiosité innocente.
Il va alors se contenter d'utiliser des liens qui lui sont proposés
en rapport avec ce qu'il voit. « La plupart du temps,
les gens ne voient pas l'intégralité du contenu
d'un CD-ROM ou d'un DVD-ROM culturel, car ils ne vont y chercher
que ce qu'ils connaissent. Pour que ce média ne soit pas
un annuaire, il est indispensable d'introduire du langage dans
les liens. Ils découvrent ainsi la période de création
de l'oeuvre, les influences qui ont marqué l'artiste, les
thèmes qui s'y rattachent. L'utilisateur n'a pas besoin
de connaître l'histoire de l'art. Cette démarche
a un grand intérêt : des éléments
du contenu découle la structure. »
Ce qui intéresse à terme Yacine Aït Kaci, c'est
de créer des spectacles qui combineraient le vivant et
le virtuel en se déroulant à la fois sur scène
et sur l'écran. « Quand on regarde l'écran
de l'ordinateur, on est proche du théâtre. Internet
donne la possibilité de faire exister une oeuvre, à
un instant précis sur la terre entière, ce que fait
le théâtre à l'échelle d'une salle.
Ce rapport étroit entre le théâtre et l'écran
se retrouve dans des jeux vidéo comme Zelda, qui possède
de vrais principes de dramaturgie », explique-t-il.
Ce qui ne signifie pas que le spectateur doive forcément
prendre la place de l'acteur. Dans ses créations, le spectateur
a le rôle du narrateur. « Il existe une phase
critique de la création multimédia qui ressemble
un peu à de la mise en scène, à cette différence
près que l'utilisateur est en constante interactivité
avec le créateur. Il se crée un rapport direct.
Ces conditions donnent lieu à
de nouvelles dramaturgies. »
Agnès Batifoulier
Parcours
LE MULTIMÉDIA, Yacine Aït Kaci l'aborde en 1996 en
concevant des animations graphiques pour les CD-ROM : La
Collection. Le Centre Georges-Pompidou, La Résistance et
Le Louvre (version 2). Il assure pour moitié la conception
graphique du CD-ROM Yves Saint Laurent, 40 ans de création
(novembre 1998).
Depuis septembre
1998, Yacine Aït Kaci réalise les rubriques « Pourquoi »
et « Comment » de l'émission scientifique« Archimède »
(diffusée sur Arte, le mardi à 19 heures).
En 1999, il
crée le site Internet de l'exposition photo « Mediterranide »,
à Palerme. La même année, Montparnasse Multimédia,
la RMN (Réunion des musées nationaux) et le Louvre
lui confient la conception et la direction artistique du DVD-ROM
Le Louvre, la visite virtuelle, sorti en décembre
1999. Ce titre est nominé au Milia d'or 2000, qui est décerné
mi-février.
L'an 2000 voit la naissance d'Incandescence, maison d'édition
indépendante qu'il crée avec Etienne Mineur, réalisateur
et designer graphique. Yacine Aït Kaci participe aussi à
l'organisation de Médimédia, un festival d'art et
technologies autour de la Méditerranée, qui se déroulera
à Palerme en novembre 2000.
www.incandescence.com
Le Monde daté du mercredi 9 février 2000
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